Le deuil n’est pas seulement l’état affectif douloureux provoqué par la mort d’un être cher, c’est également la période qui suit la mort d’un proche. Cette notion de deuil est psychologique. A la mort de l’être cher, celui qui reste entre dans une période de tristesse pouvant aller jusqu’à la dépression grave pour certains, et de remise en cause. Cette notion de deuil peut aussi être sociale : la personne endeuillée est tellement affectée que son état mental et ses sentiments l’empêchent de maintenir ou de commencer une relation avec autrui. Elle peut aussi développer de nouvelles attentes vis à vis de son entourage : besoin d’isolement et de calme, ou au contraire de distraction, besoin d’attention et de sollicitude… La mort peut être une délivrance dans certaines circonstances, cependant, cette délivrance n’enlève ni le remords ni le sentiment de culpabilité. Perdre un être cher est un événement bouleversant : l'endeuillé vit désormais en supportant l'absence de l'être aimé, il met fin aux projets communs, assume seul et dans la douleur certaines activités qui étaient accomplies avec le défunt et en abandonne d'autres. Il a l'impression qu'on ne pourra jamais surmonter sa peine. Il est nécessaire de passer par un douloureux travail intérieur, le "travail de deuil". La mort de l'autre nous renvoie à l'idée de notre propre mort et à l'angoisse qu'elle provoque.

Le travail de deuil permet d'accepter la disparition et de définir un "avant" et un "après". Il s’agit alors de se reconstruire une vie par étapes…

On ne peut pas déterminer avec précision la durée du processus de deuil. Mais celui qui vit un deuil passe successivement par trois phases : choc, dépression et adaptation.

Tout d’abord, la première phase qui est celle du choc et du déni pendant laquelle le décès n'est pas encore intégré. La nouvelle du deuil provoque un état de "sidération" (réaction de la personne face à l'annonce du décès, qui peut se traduire par une grande agitation ou une paralysie) : la personne est accablée et hébétée, certains sont comme engourdis. Il s'agit de prendre conscience et reconnaître la perte réelle de l'être cher. Souvent une impression de vide et d'épuisement envahit la totalité du psychisme. Le reste de la vie est souvent oublié. Le monde et l'environnement sont désinvestis. Cette première étape peut durer de quelques minutes à quelques jours. Celle-ci s’accompagne souvent d’un déni (refus de croire l'information et rejet de celle-ci), sorte de défense, de protection contre le choc. C'est en quittant ce court stade du deuil que la réalité de la perte s'installe.

Vient ensuite une deuxième phase, celle de la dépression avec des manifestations de douleur physique (perte du sommeil et de l'appétit, boule dans la gorge, courbatures ...) et de douleur mentale (manque de concentration, perte de confiance en soi...) Cette étape peut durer quelques semaines ou quelques mois, et se traduit par une détresse somatique (symptômes de tous ordres), de la colère, une culpabilité plus ou moins mitigée ou intense, des préoccupations de tous ordres, des comportements inhabituels. La personne endeuillée peut se montrer tendue, agitée, démotivée ou même s’identifier avec la personne disparue. Elle va souffrir de la perte et réagit en pleurant, criant, vivant la tristesse au quotidien. La caractéristique principale de cette étape est une angoisse vive. Les endeuillés dans cette phase ont parfois l'impression qu'ils ne termineront jamais leur deuil car ils ont vécu une grande tristesse et sont passés par une large gamme d'émotions. Du fait de la cassure des liens affectifs, la personne en deuil a souvent besoin d'aide et de soutien psychologique.

La troisième phase est celle de la restructuration ou de la résolution du deuil. La personne endeuillée essaie de reprendre goût à la vie.C'est le moment de l'acceptation car la réalité de la perte est beaucoup plus comprise et acceptée. L'endeuillé peut encore vivre de la tristesse, mais il a retrouvé son plein fonctionnement. C' une période de détachement et de reconstruction. La personne en deuil se réinvestit sur le plan psychique, réinvestit son environnement, elle apprend à vivre sans l'être perdu. Petit à petit, elle accepte la mort et parfois met du sens sur cette mort. La perte est remplacée par une présence intérieure après intégration du deuil dans le psychisme. La guérison s'annonce, l'endeuillé réinvestit son énergie dans de nouveaux projets et reformule un sens à sa vie

La personne en deuil peut faire des allers-retours entre ces différentes phases. Elle fait ainsi son travail de deuil.
On parle de réel travail de deuil lorsque le chagrin, la révolte ou la colère, l'anxiété ou l'angoisse, le désir de contact avec la personne disparue et les pleurs commencent. L'endeuillé entre alors dans une phase d'acceptation de la réalité difficile et exigeante.
L'état dépressif réactionnel qui s'installe alors traduit la phase la plus importante du deuil. On retrouve les signes physiques habituels de la dépression avec une perte du plaisir et de l'intérêt de manger, une fatigue intense avec un délaissement des occupations antérieures et des insomnies. Des troubles intellectuels et affectifs se manifestent également avec une perte de l'attention et de la concentration, avec une humeur triste, une sensibilité accrue à tout détail et souvenir évocateurs du disparu, des crises de larmes.
C'est une tâche affective utilisant une grande énergie psychique et physique. Le travail de deuil met à l'épreuve nos capacités d'adaptation à cause du traumatisme majeur subi. Il est nécessaire d'accepter sa propre mort comme destin inéluctable. Le deuil peut réactiver un ancien deuil non assimilé. Ce qui rend le travail de deuil plus difficile à accomplir, voire se transformer en deuil pathologique. Cette complication touche surtout les individus ayant des relations ambivalentes de dépendance ; les personnalités immatures et/ou mal équilibrées et/ou structurées ; les solitaires ; les personnes n'ayant pas résolu un deuil antérieur.
Le deuil nécessite du temps pour être dépassé.


Freud décrit "le travail qu'accomplit le deuil » de la manière suivante:

· la confrontation à la réalité: celle de la perte de la personne aimée. Cette épreuve de réalité exige le retrait de toute la libido, c'est-à-dire l'énergie psychique investie sur un objet d'attachement, des liens rappelant le défunt.

· la "rébellion compréhensible": liée à la nécessité d'abandonner la libido. Ce travail nécessite beaucoup d'énergie psychique et de temps durant lequel "l'objet perdu se poursuit psychiquement". Ainsi, progressivement le principe de réalité l'emporte dans le processus normal.

· et alors, "le moi redevient libre et sans inhibition" avec l'achèvement du travail de deuil.

Le deuil est un moment très difficile à traverser, il vous faut être patient envers vous-même et envers les autres. Vos proches ne comprennent pas toujours ce que vous ressentez. Entourez-vous de personnes avec qui vous vous sentez bien et à qui vous pouvez vous confier. Il est nécessaire d'exprimer son chagrin et son désarroi, les garder pour soi est un poids trop lourd à porter. Une "bonne" façon de traverser un deuil est de comprendre ce que l'on vit et de partager ses sentiments et émotions avec des proches ou des gens qui vivent également un deuil.
Il est parfois nécessaire quand le travail de deuil est trop douloureux à effectuer, de faire appel à une aide psychologique. En effet, une expérience de séparation, de douleur et de deuil, de solitude non choisie ou jusqu’alors ignorée, peut faire régresser vers une dépendance rappelant celle du bébé, une demande de soins, une quête de compensation orale qui renvoie au temps de la petite enfance. Cet état d’angoisse extrême s’observe à travers de véritables états de panique, des troubles du comportement, des dépendances, prise de drogues, addictions etc… Dans certains cas extrêmes, des troubles phobiques sont susceptibles de se déclencher. La phobie étant un symptôme qui amène le sujet à une stratégie d’évitement ou à rechercher des situations ou objets rassurants apportant une certaine sécurité (peur de la rue, du contact, des petits animaux etc…).

Il existe : les thérapies individuelles : psychothérapies non directives, visant la reconstruction du moi, l’expression des émotions relatives au deuil et le travail de l’ambivalence ou de la culpabilité ressenties à l’égard du défunt. Elles procurent un certain mieux-être. On note souvent une diminution du nombre de consultations médicales. Les symptômes comme malaise général, inflammations articulaires, troubles « paniques », fatigue, perte de poids, tabagisme, abus d’alcool et symptômes dépressifs sont améliorés. Les thérapies familiales, notamment en intervention de crise auprès de familles lors d’une mort subite. Les thérapies de groupe, qui s'avèrent plus efficaces sur le plan du soulagement des symptômes physiques que sur celui du soulagement de la « dépression ».


Vivre son deuil
7 rue Taylor, 75010 Paris
Tél. 01 42 38 08 08
www.vivresondeuil.asso.fr